Her Private Hell - Le regard-surface et l’identité trouble
Depuis Only God Forgives, le cinéma de Nicolas Winding Refn a trouvé une forme de plénitude esthétique souvent critiquée et dénoncée, encore aujourd’hui, comme publicitaire. Précisément, parce qu’il a déjà réalisé des publicités pour des marques de mode et de luxe comme Gucci ou Yves Saint Laurent, entre autres, Refn a été rapidement catégorisé dans une certaine idée du “metteur en image” ou du don pour le “clinquant” : un cinéaste du cadre, de la pose, de la lumière, des néons, mais jamais tout à fait du monde. Et pour cause, Nicolas Winding Refn est un maniériste. Vivant à travers les images et les plans avec lesquels il a grandi, il souhaite néanmoins reprendre la main dessus. Il ne cherche pas l’équilibre naturel du monde mais son artificialisation, ses excès, ses torsions. Chez lui, les corps deviennent des emblèmes, les couleurs contaminent les affects et les gestes se figent dans une forme de théâtralité presque abstraite. Son cinéma hérite ainsi d’une tradition de cinéma maniériste qui va de Dario Argento à Mario Bava et même jusqu’à Bertrand Mandico aujourd’hui, où la stylisation est à la fois belle et monstrueuse, voire kitsch, incarnant la manifestation même d’un monde devenu irréel, vidé de son centre humain et de toute vraisemblance. Désormais, le cinéma de Refn creuse un sillon simple mais tout à fait contemporain : il consiste à montrer comment les figures populaires et reconnues dans notre monde - mannequins, tueurs, actrices ou célébrités - ont déjà été vidées par les images qui les fabriquent. Les personnages de ses films et de ses séries (Too Old To Die Young poussant le curseur de la pose jusqu’à l’abstraction totale) sont donc purement iconographiques car leur surface, et uniquement cela, finit par définir leur sens profond.
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