Perspective

Blog personnel de critiques et d'analyses cinématographiques

Her Private Hell - Le regard-surface et l’identité trouble

Depuis Only God Forgives, le cinéma de Nicolas Winding Refn a trouvé une forme de plénitude esthétique souvent critiquée et dénoncée, encore aujourd’hui, comme publicitaire. Précisément, parce qu’il a déjà réalisé des publicités pour des marques de mode et de luxe comme Gucci ou Yves Saint Laurent, entre autres, Refn a été rapidement catégorisé dans une certaine idée du “metteur en image” ou du don pour le “clinquant” : un cinéaste du cadre, de la pose, de la lumière, des néons, mais jamais tout à fait du monde. Et pour cause, Nicolas Winding Refn est un maniériste. Vivant à travers les images et les plans avec lesquels il a grandi, il souhaite néanmoins reprendre la main dessus. Il ne cherche pas l’équilibre naturel du monde mais son artificialisation, ses excès, ses torsions. Chez lui, les corps deviennent des emblèmes, les couleurs contaminent les affects et les gestes se figent dans une forme de théâtralité presque abstraite. Son cinéma hérite ainsi d’une tradition de cinéma maniériste qui va de Dario Argento à Mario Bava et même jusqu’à Bertrand Mandico aujourd’hui, où la stylisation est à la fois belle et monstrueuse, voire kitsch, incarnant la manifestation même d’un monde devenu irréel, vidé de son centre humain et de toute vraisemblance. Désormais, le cinéma de Refn creuse un sillon simple mais tout à fait contemporain : il consiste à montrer comment les figures populaires et reconnues dans notre monde - mannequins, tueurs, actrices ou célébrités - ont déjà été vidées par les images qui les fabriquent. Les personnages de ses films et de ses séries (Too Old To Die Young poussant le curseur de la pose jusqu’à l’abstraction totale) sont donc purement iconographiques car leur surface, et uniquement cela, finit par définir leur sens profond. 

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À son image - La photographie comme mémoire et rébellion

Thierry De Peretti, réalisateur connu pour Les Apaches et Une Vie Violente, entre autres, a toujours suivi un style de mise en scène singulier. Il privilégie la diffusion de la parole par des mouvements lents de sa caméra et porte un regard particulier sur la Corse, sa région natale. Son avant-dernier film, Enquête sur un scandale d’État, sorti en 2022, se distingue en ancrant son récit à Paris, contrairement à ses trois autres longs-métrages. Il offre également une plongée dans les arcanes de l’administration française, nous immergeant dans ses méandres. À son image marque un retour en Corse pour nous raconter l’histoire poignante d’Antonia, incarnée par Clara-Maria Laredo, une jeune photographe à la personnalité forte. Dès les premières minutes du film, nous sommes frappés par la brutalité de son destin : Antonia meurt tragiquement dans un accident de voiture. À partir de ce moment, le récit entreprend de remonter le fil de sa vie, dévoilant ses luttes pour s’affirmer professionnellement et ses choix de vie, notamment sa relation avec son compagnon, un fervent nationaliste.

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MaXXXine - Le carnaval des illusions

En construisant son œuvre autour de clins d’œil et de références largement reconnues par les cinéphiles avertis, Ti West édifie une œuvre acerbe et résolument cinéphile qui se densifie avec le temps. Avec MaXXXine, il confirme son approche post-moderniste du genre horrifique en s’appuyant non seulement sur des repères clés de l’histoire du cinéma mais aussi en capturant, grâce à un montage astucieux, divers états de fantasme et d’ironie mordante. Ces éléments se superposent et s’entrelacent pour offrir un miroir acide au puritanisme américain tout en voyageant à travers trois films et trois époques distinctes, toutes incarnées par la même actrice, Mia Goth.

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Kaïro - Lente désintégration

Ce qui affecte particulièrement notre époque actuelle est sans doute sa propension à effacer le réel par la disparition progressive de l’humanité. Des flux ininterrompus de signes, d’images et de connexion – en sommes, on pourrait parler de réseaux – se substituent au réel, opérant une lente érosion de la présence humaine.

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Here - Une pensée sans cesse en mouvement

Une maison semble respirer. Les murs se tordent, le toit s’échappe dans les airs, et le mobilier s’anime comme sous l’effet d’un sort. Tout bascule, se plie et se déploie dans un chaos orchestré, transformant l’ordinaire en une scène de merveilleux délirant. Rien ne bouge autour, pourtant tout à l’intérieur de ce cadre immobile est en révolution. Cette explosion d’imaginaire porte un nom : La Maison Tranquille, un court-métrage de Georges Méliès qui, en 1901, prouvait déjà que le cinéma, même figé, pouvait faire vibrer le temps et l’espace.

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